La démocratisation du tourisme en Europe: un virage à 180°

“Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir”, c’est ce qu’énonçait le célèbre journaliste anglais Gilbert Keith Cherteston dans son autobiographie l’homme à la clef d’or.

Le tourisme est depuis toujours un enjeu économique important pour de nombreux pays. Beaucoup d’entre eux agissent de sorte à en attirer un certain nombre toujours plus grand sans prendre forcément en compte toutes ses conséquences. En effet, depuis plusieurs années et selon certaines observations, le tourisme dit de « masse » est à l’origine de désastres environnementaux et économiques. Les exemples de villes impactées par ce phénomène, il en existe un grand nombre telles, que Barcelone, Venise, Amsterdam, etc. Particulièrement s’est développé un nouveau type de tourisme qui fait son apparition, celui d’un tourisme d’influence. Dans ce nouveau monde où les nouvelles générations ont « instagrammées » leurs vies, c’est la course frénétique aux « followers » et aux « likes ».

Selon l’étude récente réalisée par One Poll, société d’étude de marché, pour le compte d’eDreams Odigeo, environ 42% des voyageurs réservent leur séjour en fonction du potentiel « instragrammable » de la destination. C’est en effet, le reflet de notre société où le paraître domine sur l’être. Les « instagrammeurs » sont accusés de dénaturer les lieux qu’ils visitent et de se comporter de façon indécente. Le cas le plus célèbre en Europe est le camp d’extermination d’Auschwitz. En effet les touristes se permettaient d’effectuer des selfies sur les rails de train du site où près d’un million de personnes ont été tuées. Face à l’indignation, la direction du mémorial a demandé aux visiteurs de ne plus chercher à faire des selfies acrobatiques dans l’enceinte du camp. Cette dernière n’a pas interdit la prise de photo dans l’enceinte des camps, mais ces photos doivent tout même respecter la mémoire de ce site historique.

Mais au-delà des photos postées par des influenceurs qui attirent des milliers d’autres « instagrammeurs » derrière eux, un autre phénomène s’ajoute à celui de l’influence des séries télévisées. Ainsi, suite au succès de la mini-série « Chernobyl », diffusée sur la chaîne américaine HBO, la région de la centrale nucléaire a vu son tourisme et son lot d’instagrammeur fortement croître. Le créateur de la série Craig Mazin est intervenu sur Twitter « C’est merveilleux que Chernobyl ait déclenché une vague de tourisme dans la zone d’exclusion. […] j’ai vu les photos qui tournent […] souvenez-vous, s’il vous plaît, de la terrible tragédie qui s’y est déroulé. Comportez-vous avec respect, en mémoire de tous ceux qui ont souffert et se sont sacrifiés ».

Également, L’Islande, terre aux paysages féériques parfois digne d’une science-fiction a subi un boom touristique suite à la série Games of Thrones. Le nombre de visiteurs est passé de 490 000 en 2010 à près de 2,3 millions en 2017 d’après le National Post. Un gros bouleversement pour un pays dont le nombre d’habitants n’excède pas les 340 000. Effectivement, comme l’a déclaré Thordis Kolbrun Reykjord Gylgadottir, ministre du tourisme islandais, « certaines zones ne peuvent tout simplement pas accueillir 1 million de visiteurs chaque année, si nous autorisons plus de personnes dans de tels domaines, nous perdons ce qui les rend uniques : des perles uniques de la nature qui font partie de notre image et de ce que nous vendons. » Jusqu’où cette folie et cette quête de reconnaissance d’autrui, en façade, ira-t-elle ?

Face à ce tourisme de masse, certaines conséquences ont eu lieu au niveau environnemental et écologique.

La planète s’affaiblit de plus en plus, et le tourisme de masse n’arrange pas la situation. Du fait du réchauffement climatique, se développe un écotourisme pour répondre à une nécessité écologique.

Le but du tourisme durable et alternatif, n’est pas de devenir un voyageur irréprochable, mais de changer ses habitudes, en adoptant un comportement écoresponsable. Vivant dans une société influencée, l’évolution des gestes du quotidien de chacun permettrait donc de faire évoluer les mentalités vers un cadre de vie en respect avec l’environnement. Ce tourisme dit « écologique » permet la préservation des sites que nous aimons tant parcourir et trouver dans le meilleur état qui puisse être, tout en respectant la biodiversité et surtout les populations locales. Ce tourisme alternatif tend à être perfectionné en termes de qualités au fil des années par l’Europe.

De ce fait, la démocratisation du tourisme entraîne des conséquences importantes au niveau de l’empreinte carbone. En 2017, le tourisme européen représente 50% du tourisme mondial, soit 10% du PIB mondial selon l’organisation mondiale du tourisme (OMT) et donc des intérêts économiques (cf. infra). Actuellement, les 1,2 milliards de touristes représentent 8% d’émission de CO2 (40% transport aérien, 32% transports routier, 21% lieux de résidences touristiques et les 7% en déchets). Mais c’est 2 milliards de touristes que nous serons en 2050. Ce tourisme représenterait donc 13% des émissions mondiales de C02. Ajouté à cela, la consommation démesurée des ressources naturelles comme l’eau douce, la déforestation non contrôlée provoquant une érosion des sols. Ainsi, qu’une pollution de l’air et de l’eau dont les déchets. Comme le disait, l’ancien Président Jacques Chirac, lors d’un discours devenu célèbre durant le sommet de la Terre à Johannesburg, le 3 septembre 2002, “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs”.

Les Institutions Européennes, c’est à dire le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’Union Européenne ont mis en place une politique environnementale afin de développer des engagements sur la protection de l’environnement. L’écolabel Européen a été créé en 1992 par la commission européenne. L’Ecolabel-EU certifie l’authenticité du tourisme durable par des services d’hébergements certifiés. Green Globe promeut un tourisme durable depuis sa création en 1999 et assiste des organisations qui œuvrent pour une diminution des émissions des gaz à effet de serre, une bonne gestion de l’eau, la conservation de la biodiversité et de la qualité de l’air. Quoi qu’il en soit, même si l’industrie du tourisme connait des mutations la route reste encore longue avant d’avoir un tourisme entièrement durable.

En réalité, à son apparition en Europe au début du XIXe siècle, le tourisme était autrefois réservé à l’élite, mais il s’est démocratisé avec une certaine rapidité.  Et même si le tourisme s’est développé dans le monde entier, c’est l’Europe qui est la chouchoute, avec, en 2018, 713 millions de visiteurs internationaux, selon les chiffres de l’organisation internationale du tourisme. C’est notre chère France qui détient le record, avec plus de 90 millions de visiteurs en 2017, pourtant, elle ne tient pas la première place sur le podium des recettes liées au tourisme, que l’on doit, bien sûr, aux Etats – Unis. Cette démocratisation est un véritable atout pour les pays européens qui pour certains jouent dessus, car il permet de dynamiser une économie et de générer des emplois, y compris dans les pays en développement au sein de l’Europe. Mais le « surtourisme » peut entraîner un impact sur l’économie des villes (augmentation des prix du quotidien, mais également un déséquilibre du marché locatif), ce qui pose problème pour les riverains. Par exemple à Barcelone, le phénomène de gentrification a augmenté ces quelques dernières années, les loyers peuvent augmenter jusqu’à 18%.

Suite à ce tourisme de masse, l’Europe se mobilise contre le «surtourisme ». Par conséquent, l’augmentation constante des flux touristiques est désormais perçue dans certaines villes comme une menace pour la qualité de vie. Tout en voulant préserver les gains financiers, les autorités de certaines métropoles comme Venise, Barcelone, Londres ou Amsterdam, prennent des mesures afin de limiter l’afflux de visiteurs en privilégiant la qualité à la quantité. Par exemple, la ville de Venise a décidé d’introduire d’ici janvier prochain une taxe d’entrée, afin de financer les services d’entretien de la ville. La Sardaigne a instauré un numerus clausus sur les plages compris entre 300 et 1000 personnes par jours qui doivent s’acquitter d’un billet d’entrée entre 1 et 10 euros selon leurs moyens de transports. Également, au printemps dernier, la métropole d’Amsterdam avait mis en place tout un arsenal, notamment pour lutter contre les méfaits du tourisme. La ville avait imposé une limitation à 30 jour par an pour les locations meublé aux touristes, une interdiction d’ouverture de nouveaux commerces de souvenirs, de bateaux-mouches priés d’accoster en périphérie, etc. Au niveau international, la plage de Maya Bay en Thaïlande, rendue célèbre par le film La plage, avait été fermée suite à un endommagement conséquent par l’afflux de touristes et elle ne devrait pas rouvrir avant 2021.

Cependant face à ces évènements, la société tend de plus en plus à se diriger vers un tourisme responsable, c’est-à-dire avoir un impact positif sur les populations locales tout ayant une incidence minime sur l’environnement. Serait-ce-t-il le début d’une nouvelle ère pour le tourisme européen ?

Vincent Dulout, Florian Devaud, Marianne Bosc, Alizée Koslow

paru dans le décodé, journal étudiant.

Soutenez Europa ! Partagez cela sur vos réseaux !

Leave Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *